La Grande Bouffe, ou Le retour du Jedi

J’aurais pu revenir ici beaucoup plus tôt, pour vous parler de tant de choses, durant ces quatre dernières années.

J’aurais pu bêtement claironner le bonheur d’une rencontre, d’un amour qui naît et se développe. J’aurais pu partager les aléas de la vie d’un couple ordinaire, ou presque.

J’aurais pu aussi vous raconter comment ma vie professionnelle est chaotique, vous parler de mon expérience à l’usine, la difficulté de travailler en 3×8, le corps qui ne sait plus où il en est et comment il vit, mais aussi mon admiration pour toutes ces personnes, ces femmes en particulier, épouses et mamans, qui pendant des dizaines d’années travaillent dans ces conditions si contraires à l’horloge de notre organisme. Je vous aurais aussi parler de leur gentillesse – enfin pour certains – des rires et de la complicité qui peut exister parfois. Comme une obligation pour survivre.

J’aurais aussi pu écrire il y a quelques mois seulement – presque hier – sur la séisme que provoqua en moi ces quelques mots : « il n’y a pas de bons moments pour te dire ça, mais je veux qu’on arrête nous deux ». Comme une déchirure. Comme le sol qui se dérobe sous mes pieds. Un tsunami d’émotions diverses et démesurées. Le rejet. L’incrédulité. Ce n’est pas possible. C’est un cauchemar et je vais me réveiller. Je n’ai plus de forces. Je m’écroule. Ce poids dans la poitrine qui ne va plus me quitter durant plusieurs semaines. Comme tomber au fond d’un gouffre, avoir une distance à accomplir avant d’atteindre une autre falaise qu’il faudra gravir. Elle semble infranchissable, et pourtant on n’a pas le choix. L’autre alternative n’en est pas une. Alors on fonce, droit devant. On pleure beaucoup mais on avance. On ne comprend pas mais on met un pied devant l’autre. On relativise aussi la douleur, on a conscience que d’autres vivent des drames plus importants et plus graves. Mais on a mal. On veut aussi prouver à tout le monde qu’on est fort, qu’on ne s’accrochera pas à l’autre comme une sangsue, et qu’on n’est pas qu’une quiche qui subit et qui est influençable.

Et puis vient le moment où on commence à se dire que c’est mieux ainsi, que tout n’était pas rose et qu’on trouvera quelqu’un qui nous correspondra mieux. Enfin on espère que cette personne existe.

J’aurais pu vous parler de cette nouvelle vie à reconstruire. Un déménagement, avec la crainte d’un retour en arrière. Le rejet total de cette vie d’avant, de cette fille qu’on a été. La volonté d’être une autre, forte de cette nouvelle expérience.

J’aurais pu écrire tout ça, mais je ne l’ai pas fait. Il y a un temps pour tout : un temps pour vivre et un temps pour raconter. A croire que je ne suis pas capable des deux à la fois.

Voilà ces quelques années vite résumées. Pourtant j’ai l’impression de toute une vie.

Rien de burlesque. Rien d’original. Rien d’étonnant, ni de scabreux. Rien de drôle ou de cocasse. Juste le besoin de partager tout cela, aujourd’hui et avec vous.

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2 réponses à “La Grande Bouffe, ou Le retour du Jedi

  1. Charles-Marie

    Eh ben, c’est plutôt La Grande Baffe!
    Emotions partagées : plaisir de te relire, empathie pour 4 années denses et visiblement difficiles. Et un peu d’angoisse d’être démuni pour réagir à tout ça.

    Me reviennent juste les quelques vers de Musset, « Tristesse » : « Le seul bien qui me reste au monde / Est d’avoir quelquefois pleuré.’

    Amitiés en tout cas!

    • Merci Charles-Marie ! Contente de te « voir » au travers de ces quelques lignes.
      « La Grande Baffe », j’aurais dû y penser !!! C’est en effet à propos.
      Amitiés

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